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Mission nationale de sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain

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Classicompteur imprimeur

 Fiche N°29314
Période de fabrication : 1925-1949
 Fabricant : Bull
Domaines : Mathématiques
 Sous-domaines : Statistiques
Organisme : Insee
 Ville : Montrouge
Modèle :
 Matériaux : Alliage ferreux, Alliage cuivreux, Caoutchouc, Papier, Bois, Peinture, Fonte

Description

Lucien March (1859-1933), polytechnicien alors au service de l'Office du Travail, dépose deux brevets successifs, le 8 mai 1899 puis le 22 septembre 1900 : il invente le classicompteur pour le dépouillement, désormais centralisé, des bulletins du recensement professionnel de 1896 (annexé au recensement quinquennal de la population). C'est le seul exemple d'un appareil conçu par un service de statistique français à des fins de production de statistiques. L'objectif est de disposer d'une machine plus simple et plus performante que les machines électriques à cartes perforées inventées par l'américain Hollerith. Inspiré du principe du classificateur de fiches inventé par l'italien Perozzo, le classicompteur est entièrement mécanique, plus robuste et moins onéreux, d'autant plus que le processus de dépouillement est simplifié, ce qui limite aussi les risques d'erreurs. Econome en temps, il permet de traiter jusqu'à 1500 bulletins à l'heure (soit 9 000 informations) par les opératrices les plus entraînées (selon la presse de l'époque), de croiser des données statistiques et d'imprimer directement des tableaux. March prévoit aussi la possibilité d'électrifier le mécanisme.
Posé sur une table dont les pieds rappellent ceux des machines à coudre de l'époque, le classicompteur se compose d’un châssis sur lequel repose un plateau rectangulaire dont le petit côté est orienté vers l'opératrice. À sa portée, un clavier incliné, posé sur le plateau, comporte soixante touches réparties en six rangées de dix, entraînant chacune un compteur à molettes. Ces soixante compteurs sont situés sur la partie visible du plateau. Chaque compteur se compose de quatre roues d'impression à dix chiffres. On définit une touche pour chaque renseignement donné, présent sur les bulletins recueillis lors des enquêtes. Une fois les informations saisies, l'opératrice actionne le levier (manquant sur notre exemplaire) à droite du châssis, avant de traiter le bulletin suivant. Lorsque toute une série a été saisie, l'opératrice appuie sur une pédale pour abaisser à l'horizontale le cadre mobile vertical situé à l'arrière de la machine, qui comporte six rouleaux de papier : les totaux sont imprimés. Puis les compteurs sont remis à zéro en tournant la manivelle situé derrière le levier. À noter que le classicompteur peut enregistrer jusqu'à dix mille bulletins avant d'en imprimer les données. Si l'opératrice s'est trompée de touche, elle peut effacer sa saisie grâce à une manette située à gauche du plateau. En outre, on peut contrôler le travail réalisé au moyen d'un système inspiré de Jacquard : les données saisies sont reportées de façon codée par des trous dans un papier. Cet élément (manquant sur notre exemplaire) se situe sous le clavier, à l'avant de l'appareil. Le papier est ensuite mis sur un châssis muni d'une réglette, permettant aux vérificatrices de déchiffrer l'emplacement des trous. A lieu ensuite un second contrôle, afin de réduire au maximum les risques d'erreurs.


Utilisation

Le classicompteur répond à une organisation rationnelle du travail au sein du service public de la Statistique générale de la France (ancêtre de l'Insee), selon les aspirations au taylorisme de l'époque.
À partir de 1901, il y est utilisé pour le dépouillement intégral du recensement de la population, désormais centralisé à Paris, et c'est seulement à la fin des années 1930 qu'il est remplacé par des machines à cartes perforées, dont la technologie s'est considérablement améliorée.
Il convient à tout type de dépouillement des enquêtes statistiques publiques, comme celui de l'état civil (Mouvement de la population, année 1931) ou des familles (annexé au recensement de 1926).
La fabrication des classicompteurs est confiée à la société "Les Apprentis Contrôleurs", basée à Paris, qui fabrique des appareils à tickets, tels ceux employés alors dans le métro.
En 1912, cent cinquante-sept classicompteurs ont été construits et on en produit encore en 1930. En 1934, la SGF n'en possède que vingt-quatre datant de 1900, dont on a essayé d'accroître le rendement par un équipement électrique ; mais seuls douze en ont bénéficié. Lors de son départ en 1936, Michel Huber, successeur de Lucien March à la tête de la SGF, indique que la SGF en possède vingt-cinq dont quinze électriques.
À la demande du Conseil supérieur de la statistique en 1900, l'atelier de la SGF est également mis à disposition des administrations publiques et privées pour l'exécution de leurs propres travaux statistiques, et certaines en ont bénéficié.
Si les effectifs de la SGF restent faibles tout au long de son existence, en comparaison des services de statistiques publiques étrangers, ils augmentent toutefois progressivement à partir de l'arrivée de March, mais sont néanmoins modestes au regard de la population du pays et de son empire. Il s'agirait d'une centaine de personnes en 1896, 1901 et 1914 ; mais en 1907 on compte trente-deux employés, dont six vérificatrices, et en 1913, le travail sur le classicompteur est exécuté par soixante dames ou aides, 6 vérificatrices, neuf contrôleurs et un chef de travaux qui dirige et coordonne l'équipe. À la SGF, le personnel travaillant sur le classicompteur est essentiellement féminin, installé dans un vaste atelier situé au 97 quai d'Orsay (encore en 1936), où les millions de bulletins du recensement sont rangés dans des casiers par départements (le transport des bulletins étant assuré par le personnel masculin). En 1908, le recrutement se fait sur concours, après présentation d'un dossier attestant du niveau minimum du brevet élémentaire et assorti d'un certificat de bonnes moeurs. Mais en 1933, on privilégie les veuves de guerre, sans considération de leur niveau d'études.





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